La dinanderie : cuivre, laiton et bronze sur la table et en cuisine

À côté de l’argent et de l’étain, un autre métal a longtemps occupé les cuisines et les tables : le cuivre, seul ou allié. Chaudrons, bassines à confiture, casseroles, plateaux, bougeoirs, fontaines à eau : tout un monde d’objets relève de la dinanderie, un métier voisin de l’orfèvrerie qui travaille les métaux dits « jaunes ».
D’où vient le mot ?
Le terme vient de Dinant, ville de la vallée de la Meuse, en actuelle Belgique, célèbre au Moyen Âge pour ses ateliers de travail du cuivre et du laiton. Les objets qui en sortaient, les « dinanderies », ont donné leur nom au métier tout entier. Le dinandier met en forme les feuilles de métal, comme l’orfèvre, avec des gestes très proches : martelage, rétreinte, planage, repoussé.
Cuivre, laiton, bronze : trois métaux à ne pas confondre
| Métal | Composition | Teinte | Usages courants |
|---|---|---|---|
| Cuivre | métal pur | rouge orangé | casseroles, bassines, chaudrons |
| Laiton | cuivre et zinc | jaune doré | bougeoirs, plateaux, poignées, objets décoratifs |
| Bronze | cuivre et étain | brun doré | objets fondus, pieds, statuettes, cloches |
Le cuivre se travaille très bien au marteau et conduit remarquablement la chaleur. C’est pour cela que les cuisiniers l’apprécient tant : une casserole en cuivre chauffe vite et de façon homogène.
Le laiton est plus dur et prend un beau poli doré. On l’utilise beaucoup pour les objets décoratifs et les pièces moulées.
Le bronze, plus dur encore, se prête surtout à la fonte : pieds de meubles, appliques, sculptures, et, autrefois, ustensiles comme les poêlons tripodes.
Les dinandiers travaillent surtout le cuivre et le laiton en feuille. Le bronze relève plutôt des fondeurs et des ciseleurs.
L’étamage, indispensable en cuisine
Le cuivre nu au contact d’aliments acides ou salés forme des composés qu’il ne faut pas ingérer. C’est pourquoi l’intérieur des casseroles en cuivre est traditionnellement étamé, c’est-à-dire recouvert d’une fine couche d’étain. L’étain est inerte, ne colore pas les aliments et protège le cuivre.
L’étamage se fait à chaud : la casserole décapée est chauffée, l’étain fondu est étalé à l’intérieur à l’aide d’un tampon. Ce métier est celui de l’étameur, autrefois ambulant de village en village. Pour en savoir plus sur ce métal, voir notre article sur l’étain.
L’étamage s’use avec le temps, surtout si l’on utilise des ustensiles métalliques ou si l’on fait chauffer une casserole vide. Quand le cuivre réapparaît largement à l’intérieur, il faut faire réétamer. Les fabricants modernes proposent aussi des casseroles en cuivre doublées d’acier inoxydable, qui ne demandent pas cet entretien.
Seules exceptions traditionnelles : les bassines à confiture et les culs-de-poule à blancs d’œufs sont souvent en cuivre nu. Pour les confitures, on y verse le fruit avec le sucre et on ne laisse jamais la préparation y séjourner ; pour les blancs, le cuivre aide à stabiliser la mousse.
Le cuivre sur la table
Hors de la cuisine, la dinanderie a fourni de nombreux objets de table et de service :
- plateaux et dessous-de-plat ;
- fontaines et brocs à eau ;
- bougeoirs et chandeliers en laiton ;
- seaux à rafraîchir et rafraîchissoirs, dont nous parlons dans seaux à champagne et rafraîchissoirs ;
- pièces de service en cuivre étamé allant du fourneau à la table.
Au XXe siècle, des dinandiers d’art ont aussi produit de grandes pièces décoratives en cuivre patiné, martelé ou incrusté, dans l’esprit de l’Art déco.
Entretenir le cuivre et le laiton
Le cuivre et le laiton s’oxydent à l’air et prennent une teinte sombre, parfois des taches vertes (le vert-de-gris) en milieu humide.
- Nettoyage courant : eau chaude savonneuse, séchage immédiat.
- Raviver l’éclat : un produit spécifique pour cuivre, ou le mélange traditionnel de sel fin et de vinaigre ou de jus de citron, frotté puis rincé abondamment et séché.
- Vert-de-gris : à retirer avec soin, puis rincer et sécher. Sur une pièce ancienne, on demande conseil avant d’insister.
- Intérieur étamé : jamais d’abrasif ni de produit pour cuivre, seulement de l’eau savonneuse et une éponge douce.
Certains préfèrent laisser le cuivre décoratif se patiner : c’est un choix esthétique, qui ne nuit pas à l’objet. Un vernis incolore peut aussi protéger un laiton décoratif ; il faut alors le retirer avant tout polissage.
Dinanderie et orfèvrerie
Les frontières entre les métiers sont poreuses. Les orfèvres utilisent le cuivre comme base du métal argenté, comme alliage de l’argent, et pour leurs essais. Les dinandiers, eux, reprennent les gestes décrits dans les gestes de l’orfèvre. Leurs objets, moins précieux, sont souvent plus quotidiens, et c’est ce qui fait leur charme.
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