L'orfèvrerie contemporaine : quand le design revient sur la table

On associe volontiers l’orfèvrerie aux buffets de grand-mère et aux ménagères qui ne sortent qu’à Noël. C’est oublier qu’elle a toujours suivi son époque, du rocaille à l’Art déco. Aujourd’hui encore, des ateliers et des créateurs inventent des objets de table qui n’ont rien de nostalgique. Voici les grandes tendances de cette orfèvrerie contemporaine.
Le design entre dans l’atelier
Depuis plusieurs décennies, les ateliers d’orfèvrerie travaillent avec des designers extérieurs. Le principe est simple : le créateur apporte un regard neuf sur l’usage et la forme, l’atelier apporte la maîtrise du métal. Cette rencontre produit des objets qu’aucun des deux n’aurait imaginés seul.
Les sujets les plus féconds sont souvent les plus quotidiens. Un couvert repensé pour être plus agréable en main, une carafe dont la forme améliore l’aération, un seau à champagne qui tient debout autrement, un ouvre-bouteille qui devient un petit objet sculpté. Les accessoires du vin et du champagne, en particulier, ont attiré beaucoup de créateurs (voir les accessoires du vin).
Le mélange des matières
L’orfèvrerie contemporaine n’est plus seulement une affaire d’argent. On y croise :
- l’étain, apprécié pour sa couleur douce et sa facilité de mise en forme (voir l’étain) ;
- l’acier inoxydable, pour les objets du quotidien qui doivent supporter le lave-vaisselle ;
- le laiton et le cuivre, souvent vernis ou patinés ;
- le bois, la corne, le verre, la céramique, le cuir, associés au métal ;
- les finitions colorées : laques, émaux, revêtements qui apportent de la couleur à un univers traditionnellement monochrome.
Ce mélange répond à une demande : des objets de table beaux mais vivables, que l’on peut utiliser tous les jours sans protocole d’entretien.
Pièce unique, petite série, grande série
L’orfèvrerie contemporaine se décline à plusieurs échelles :
| Échelle | Caractéristiques |
|---|---|
| Pièce unique | réalisée à la main par un orfèvre, souvent sur commande, prix élevé |
| Petite série | outillage limité, finitions à la main, quelques dizaines ou centaines d’exemplaires |
| Grande série | production industrielle, prix accessibles, design souvent signé |
Les trois coexistent et se nourrissent. Une forme créée pour une pièce unique peut inspirer une série ; une collaboration industrielle peut faire connaître un créateur.
Les métiers d’art et leur reconnaissance
Derrière ces objets, il y a des savoir-faire rares : planage, ciselure, repoussé, polissage, soudure (nous les décrivons dans les gestes de l’orfèvre). La France a mis en place plusieurs dispositifs pour les reconnaître.
Le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV), créé par l’État en 2005, distingue des entreprises qui détiennent un savoir-faire artisanal ou industriel d’excellence. Plusieurs ateliers d’orfèvrerie, d’étain et d’arts de la table l’ont obtenu. Le concours Un des meilleurs ouvriers de France comporte aussi des classes consacrées à l’orfèvrerie.
Ces distinctions ne garantissent pas qu’un objet vous plaira, mais elles signalent un niveau de maîtrise technique.
Comment repérer une belle pièce contemporaine
Quelques critères, valables quelle que soit la matière :
- La qualité des finitions : soudures invisibles, arêtes nettes, polissage régulier, pas de traces d’outil non voulues.
- L’équilibre en main : un couvert, une verseuse, une carafe doivent être agréables à utiliser, pas seulement à regarder.
- La cohérence entre forme et usage : un bec qui verse sans goutter, une anse qui ne chauffe pas, un pied stable.
- La transparence sur la matière : un fabricant sérieux indique clairement s’il s’agit d’argent, de métal argenté, d’étain ou d’acier.
Une orfèvrerie qui se vit
L’orfèvrerie contemporaine a un point commun avec les meilleures pièces anciennes : elle est faite pour servir. Un objet de table qui reste dans son carton perd sa raison d’être. Le meilleur hommage à rendre au travail d’un orfèvre, c’est de mettre ses pièces sur la table, et de s’en servir.
Pour replacer ces créations dans le temps long, voir la petite histoire de l’orfèvrerie française.
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